
Le Vauclusien, grand reporter à la radio suisse, installé près de Carpentras (Vaucluse), se souvient notamment des applaudissements vibrants réservé par le public à Edith Piaf, lors de son dernier concert.
Claude Mossé, habite Mazan, près de Carpentras. Il a été pendant longtemps grand reporter à la radio suisse Romande et passe une retraite active à écrire des romans historiques*.
Vous avez assisté au dernier concert d'Édith Piaf ?
Oui à l'Olympia, le 22 septembre 1962, un an avant sa mort. J'ai eu une terrible impression, comme un dompteur face aux lions dans une cage, que les spectateurs étaient venus là pour la voir s'effondrer, elle fatiguée, toute maigre, avec pour seul bijou une croix offerte par le boxeur Marcel Cerdan, ses deux mains ouvertes le long du corps et de sa légendaire robe noire.
Quel souvenir gardez-vous ?
Dès qu'elle est apparue sur scène, qu'elle s'est plantée devant le micro et que les premières notes sont sorties le tout-Paris a applaudi à tout rompre, a hurlé 'Vive Piaf' 'Vive la môme' pendant une bonne dizaine de minutes... Au premier rang Marlène Dietrich tendue et inquiète surveillait chacun de ses gestes. De ce corps si minuscule sortait une telle énergie. C'était magique. Après l'entracte et après qu'un médecin lui a fait une piqûre en coulisses pour qu'elle tienne le coup, elle est revenue mais cette fois accompagnée par son dernier mari Théo Sarapo, costume noir, chemise blanche, cheveux ébouriffés, le regard perdu. Les spectateurs se sont à nouveau déchaînés quand ils ont entamé 'A quoi ça sert l'amour ?'. J'ai eu la sensation que Théo veillait sur elle, comme Bruno Coquatrix le maître des lieux posté derrière le rideau rouge. Une ambiance bizarre de mort régnait... C'est la dernière fois que j'ai vu Édith Piaf vivante
Et Jean Cocteau quand a-t-il connu Édith Piaf ?
Quand elle était avec l'acteur Paul Meurisse. Cocteau avait écrit pour lui Le bel indifférent. À l'époque il habitait à deux pas de l'écrivain Colette, de Mireille (du Petit Conservatoire de la Chanson) et son mari le philosophe Emmanuel Berl. Ensemble ils fréquentaient - et moi aussi qui étais étudiant à Sciences Po - le cabaret Milord Arsouille où un jeune homme chevelu à lunettes cerclées jouait au piano Paris Canaille... C'était Léo Ferré parfois entouré de Catherine Sauvage ou Juliette Gréco.
Quel homme était Cocteau ?
Brillantissime mais d'une étonnante simplicité. Il se rendait souvent au Grand Véfour le restaurant étoilé de Raymond Oliver pour commander deux œufs au plat. Et quand il a été reçu à l'Académie Française, il est arrivé en habit vert évidemment mais avec une vieille cape de facteur en disant :
En tant qu'homme de radio vous avez voulu réunir ces deux légendes ?
Y a-t-il un hasard ? En tout cas j'avais imaginé pour le 1er janvier 1963 que Cocteau enregistre ses vœux de bonne année à l'attention d'Édith Piaf et qu'elle fasse pareil pour lui. J'ai la voix de Cocteau dans un 'bobino' mais Édith Piaf était trop épuisée, c'est Charles Dumont qui avait lu son texte... dix mois plus tard, ils allaient nous quitter le même jour.
Comment vous êtes-vous retrouvé chez Piaf le jour de la mort ?
Ce 10 octobre 63, depuis l'arrière-pays niçois, son corps est discrètement ramené en voiture dans son appartement du XVIe arrondissement, boulevard Lannes à Paris. Une foule de journalistes est massée au pied de l'immeuble. Finalement on me laisse entrer dans un immense appartement vide avec une large baie vitrée qui donne sur le Bois de Boulogne. D'un côté se trouvait un piano à queue blanc, de l'autre recroquevillé dans sa douleur Théo Sarapo.
Vous étiez aussi présent aux obsèques de la grande chanteuse ?
Oui comme les 40 000 admirateurs qui se pressaient le long du cortège jusqu'au cimetière du Père Lachaise. Pas moins de 11 voitures se sont succédé pour acheminer toutes les couronnes, tous les bouquets de fleurs envoyés par le petit peuple et les grands de l'époque. Le révérend Père Riquet a procédé à une simple bénédiction.
Jean Cocteau a eu droit lui à une tout autre cérémonie ?
Du côté de Milly-la-Forêt où résidait Cocteau à la fin de sa vie il n'y a eu ni discours, ni messe. Et un seul académicien était présent, son voisin sous la coupole, l'écrivain André Chamson, père de Frédérique Hébrard (auteur de La demoiselle d'Avignon et du Château des oliviers).
Le dernier titre de Claude Mossé : ' Les brûlés du Luberon ' édité aux Presses de la Cité (sur les Vaudois, protestants avant l'heure torturés, violés et brûlés entre Gordes et Lourmarin).