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Albert Uderzo: Non, je ne veux pas tuer Astérix

INTERVIEW EXCLUSIVE - Le père d'Astérix présente des planches originales à la BnF et sort un 35e album réalisé par deux jeunes auteurs.


Par Toutatis! À 86 ans, l'irréduc­tible Albert Uderzo est toujours aussi dynamique et combatif. Aujourd'hui, le ­cocréateur d' Astérix et Obélix avec René Goscinny (1926-1977) fait même figure de patriarche de la bande dessinée. Son petit Gaulois moustachu au casque ailé est devenu un phéno­mène d'édition planétaire dont les albums se sont écoulés à plus de 352 millions d'exemplaires.


En 2007, après avoir confié sa maison d'édition Albert René à la société ­Hachette, il met en route une 35e aventure d'Astérix, Astérix chez les Pictes. Tiré à deux millions d'exemplaires, l'album sort le 24 octobre, sous la ­plume de Conrad et Ferri, deux nouveaux auteurs qu'il a choisis. Par ailleurs, le dessinateur a fait don de 120 planches origi­nales à la Biblio­thèque nationale de France, qui organise l'exposition ­'Astérix à la BnF'. Avant d'assister à l'inauguration, mercredi, Uderzo se confie au Figaro sans mâcher ses mots.


LE FIGARO. - L'exposition 'Astérix à la Bibliothèque nationale de France', c'est une forme de consécration?


Albert UDERZO. - Disons que c'est une formidable opportunité. Cette exposition est la conséquence directe du don exceptionnel que je leur ai fait, une centaine de planches originales tirées des deux premiers Astérix et du dernier album réalisé avec René Goscinny. ­Astérix rejoint les prestigieuses collections de la BnF, et c'est très bien. D'autant que, pendant des décennies, la BD a été considérée comme le 'mauvais fils'.


Ce don a aussi un lien avec les démêlés ju­diciaires qui nous opposent, ma femme et moi, à ma fille Sylvie et à son époux depuis cinq ans. C'est une triste affaire, très douloureuse. Mais alors que l'on m'a accusé à tort d'abus de fai­blesse, cette situation insuppor­table m'a donné la preuve que j'avais raison d'agir comme je le fais! Je ­pré­fère donner mes planches originales à des organismes comme la BnF ou les ­répartir pour qu'elles profitent à des ­associations caritatives qui s'occupent de l'enfance malheureuse. Ma femme, Ida, y tient beaucoup. Et moi, ça me rassure. Et il faut être ­prévoyant. J'ai 86 ans. On peut compter les jours qui vous restent à vivre à cet âge...



Crédits photo : Editions Albert RenéParis


Astérix chez les Pictes paraît le 24 octobre. Qu'est-ce que cela vous fait d'avoir passé le flambeau à Jean-Yves Ferri et Didier Conrad...


Je ne le regrette absolument pas. Jean-Yves Ferri est adorable. J'ai été enthousiasmé par son histoire. C'est un gars qui sourit très peu mais qui possède un sacré humour à froid. L'idée d'envoyer Astérix et Obélix en Écosse est bonne. L'humour est assez costaud dans ­ Astérix chez les Pictes ...


Sur la couverture provisoire de l'album, on voit Astérix et Obélix en kilt...


Oui, mais ils n'en portent pas dans ­l'album.


Comment s'est passée la transmission avec Didier Conrad?


Didier Conrad est un garçon charmant. Il a entrepris ce travail d'Hercule en un temps très court. Huit mois pour un album, c'est un défi. D'autant qu'au départ son style est plutôt proche de Franquin. Mais il a compris rapidement.


Quels conseils lui avez-vous donnés?


Je lui ai avant tout recommandé de ne plus utiliser la plume, puisque depuis toujours je travaille au pinceau. La facture de son trait s'en est trouvée modifiée. Son dessin est plus dynamique, plus cursif. Le seul défaut de Didier, c'est d'habiter sur la côte Ouest des États-Unis. Vers la fin, il m'envoyait sept planches à la fois, et je corrigeais les petits défauts qui ne collaient pas. Pour la couverture définitive, comme Conrad n'arrivait pas à faire l'Obélix, je m'y suis remis! C'est le seul crayonné que j'ai fait. Je me suis donc permis de cosigner la couverture. Il faut dire qu'il n'a pas eu le temps d'assimiler mon dessin. Mais je sais que le lecteur lui pardonnera car il sera pris par l'his­toire. Et si Toutatis me prête vie, je suis encore là pour le deuxième album, je l'aiderai de mon mieux. Contrairement à beaucoup de repreneurs de séries BD cultes, Conrad a la chance que je sois encore vivant.


Que pensez-vous de cette 35e aventure, vous qui l'avez lue dans son intégralité?


Elle est bonne. Sinon, je ne l'aurais pas laissée paraître. Je ne veux pas tuer ­Astérix en sortant un mauvais album! Mais je sais que leur deuxième épisode sera encore meilleur...


Astérix à la BnF , Bibliothèque François-Mitterrand, Paris XIIIe. Du 16 octobre au 19 janvier 2014.


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